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Informations sur les activités de l'Année polaire internationale au Nunavik



API Mise à jour




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Table des matières






La formation, les communications et la vulgarisation

Des élèves explorent le Nunavik en navire

En août 2010, 77 élèves et 45 chercheurs, professeurs, artistes et mentors ont participé à Students on Ice, une expédition arctique à bord du Polar Ambassador longeant le nord du Nunavik et le sud de la Terre de Baffin. Un tiers des élèves étaient des jeunes Autochtones, dont certains provenaient des collectivités qui ont accueilli le navire lors de sa croisière de deux semaines.

Ce programme de recherche et d’enseignement à guichet fermé s’est composé de visites de villages, d’accostages, d’ateliers, de recherche et d’autres activités. Cette occasion d’apprendre par l’expérience et de se faire de nouveaux amis a laissé aux élèves un souvenir qu’ils garderont leur vie entière. Parmi les points forts de la croisière : le Nunavik Research Centre à Kuujjuaq, Cape Dorset, Pangnirtung, le parc national du Canada Auyuittuq et l’observation des oiseaux marins, des morses, des ours polaires et des baleines boréales.


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Observation du caribou dans son habitat naturel, dans tout l'Arctique

L’éloignement géographique de l’Arctique canadien pose de nombreux obstacles à la recherche — c’est l’une des principales raisons pour lesquelles le programme de l’Année polaire internationale (API) s’est révélé essentiel à la réussite de nombreux projets scientifiques concernant le Nord. L’API a aidé les chercheurs et les collectivités des régions éloignées à travailler en collaboration à des questions scientifiques et culturelles d’intérêt commun. Or, peu de projets témoignent de cette connexité comme arrive à le faire le projet de l’API sur les effets du changement mondial sur le caribou et le renne, auquel participent chercheurs et collectivités de huit nations circumpolaires.

Cette alliance internationale de chercheurs, de gestionnaires et de membres des collectivités consacrée au caribou et au renne (Rangifer) a conçu des outils et des démarches d’observation des répercussions du changement mondial sur environ 20 troupeaux circumarctiques de caribou sauvage. « Nous essayons de comprendre les facteurs qui influent sur les cycles de population des troupeaux de caribous, qui sont pour la plupart en déclin » explique Don Russell, coordinateur du réseau CARMA (CircumArctic Rangifer Monitoring and Assessment) établi au Yukon.

Hormis la recherche elle-même, le fait de travailler ensemble a mené à la normalisation des méthodes de travail et à une meilleure communication. « Les différents chercheurs ont chacun leur façon de mesurer les choses, et chaque pays a ses méthodes. L’objectif est de mener tous les intervenants à observer les animaux de la même façon » précise M. Russell. Par exemple, le réseau CARMA a préparé des manuels, des trousses et des vidéos de formation à l’intention des collectivités et des chercheurs de tout l’Arctique pour les aider à consigner les données sur l’état corporel et la santé des bêtes, la taille des troupeaux, les taux de natalité et de mortalité et les changements environnementaux qui ont un effet sensible.

On ne sera pas surpris d’apprendre que les chercheurs ont décelé de nombreux facteurs — habitat, chasse, prédateurs, maladies, aménagement industriel, météo, changements climatiques, pollution — dont l’interaction pourrait avoir une incidence sur les effectifs de caribous. À ce stade, on estime que la nutrition (abondance et qualité des aliments du caribou) pourrait jouer un rôle majeur dans la régulation de la taille des grands troupeaux.

L’économie, la société et la culture de nombreuses collectivités septentrionales dépendent étroitement du renne et du caribou. Par conséquent, en plus d’étudier le bien-être du caribou dans un monde en évolution, les projets de recherche de l’API se sont également intéressés aux moyens qui permettraient aux six collectivités qui chassent le caribou de maintenir leurs niveaux de prélèvement de bêtes dans le contexte du changement. « Étant donné le rôle vital que jouent le caribou et le renne pour de nombreux peuples du Nord, il importe de comprendre comment protéger le caribou pendant les périodes de vulnérabilité » ajoute M. Russell.

Kawawachikamach est l’une des six collectivités exploitant le caribou, de l’Alaska au Nunavik, qui participent à un projet vidéo baptisé Voices of the Caribou People. Ce projet vise à documenter les connaissances traditionnelles des Autochtones pour les partager avec d’autres collectivités, la communauté scientifique, la classe politique et le grand public. Il expose la relation de ces populations avec le caribou, les changements qui touchent actuellement cette relation et leurs raisons, et les répercussions de ces changements sur le caribou et les collectivités locales.

En partant de recherches menées à Ungava, Steeve Côté de l’Université Laval a mené un projet international sur la génétique des populations de caribous. M. Côté et son équipe utilisent la génétique pour examiner les liens entre les populations circumpolaires de caribous et de rennes. Les troupeaux de caribous sont dynamiques et leur environnement est changeant; par conséquent, les scientifiques et les gestionnaires de la ressource souhaiteraient disposer de plus de données sur les troupeaux. Pour mener à bien leur étude, ils ont recueilli des centaines d’échantillons de plus de 50 troupeaux de par le monde.


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Le financement de l'API pour une bibliothèque plus facile à consulter

Au début de l’API, la bibliothèque du Centre de recherche du Nunavik (CRN) à Kuujjuaq avait un problème. Elle avait créé une bibliographie en ligne de son fonds documentaire dans la Banque de données du Système d’Information sur les Sciences et la Technologie Arctiques (SISTA), mais le classement des ouvrages sur place, en revanche, étaient toujours aussi désordonné. Y trouver physiquement une quelconque publication relevait du défi.

Les choses ont changé. Avec l’aide du financement de l’API et du personnel du SISTA, la bibliothèque du CRN a mis au point un système de classement simple, mais efficace. On peut maintenant retrouver les documents de la bibliothèque avec les numéros obtenus en consultant le SISTA. Huit élèves inuits ont reçu une formation théorique et pratique en bibliothéconomie, et la bibliographie du Nunavik   contient maintenant les descriptions de 6 200 publications, dont 1 480 se trouvent au CRN.


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Union des satellites et des bélugas

Des bélugas transportant des passagers de haute technologie révèlent de nouvelles données sur le monde sous-marin de ces mammifères blancs et élancés.

Dans la région de la baie d’Hudson et de la baie James, une équipe canadienne de l’API dirigée par Mike Hammill du ministère des Pêches et des Océans a équipé des bélugas d’émetteurs de localisation. L’instrument est fixé à une crête cartilagineuse sur le dos de l’animal.

« C’est un peu le même principe que se faire percer l’oreille », explique M. Hammill.

Les itinéraires migratoires, les méthodes de recherche de nourriture, les endroits choisis pour hiverner et même la température et la salinité de l’eau sont autant d’informations que transmettent les émetteurs par satellite à une station terrestre, où les chercheurs peuvent les récupérer dans un délai de quelques heures.

Mais l’équipe de M. Hammill ne s’est pas uniquement fiée à la technologie. Les bélugas forment une partie importante du régime alimentaire et de la culture des Inuits depuis des millénaires et les chasseurs locaux les connaissent bien. Des membres des collectivités du Nunavik ont contribué au projet en partageant leurs connaissances ancestrales sur le comportement des bélugas pour compléter les données à court terme recueillies à l’aide des instruments.

Déjà, le projet a permis de dégager de nouvelles informations. Les analyses génétiques ont montré que les bélugas de la baie d’Hudson orientale forment un groupe séparé de celui de l’ouest de la baie, et que ceux de la baie James pourraient constituer un tout autre groupe génétique. Les chercheurs ont également observé que les bélugas de la baie James restaient dans leur baie toute l’année, tandis que leurs congénères d’autres parties de la baie d’Hudson migraient avec les saisons.

À l’automne, les bélugas en migration se déplacent le long de la côte, où ils bénéficient de l’effet d’entraînement d’un courant orienté vers le nord, comme l’ont découvert les chercheurs. Étant donné que la migration semble déclenchée par la température de l’eau, le changement climatique pourrait modifier les habitudes migratoires des bélugas, donc les occasions de chasse des Inuits du Nunavik.


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Les oiseaux de mer, de grands voyageurs d'hiver

Pendant des décennies, les chercheurs canadiens ont étudié les oiseaux marins qui nichent sur les îles au large du Nunavik, du Nunavut et du Labrador. Ils ont acquis une image assez claire de ce que font les oiseaux pendant la saison des amours. « Ce que nous ignorions, c’était leur destination hivernale, » affirme Bill Montevecchi, chercheur à l’Université Memorial.

Dans le cadre d’un projet de l’API appelé Comment les oiseaux de mer peuvent aider à détecter les variations des écosystèmes de l’Arctique, B. Montevecchi et ses collègues ont équipé 200 guillemots de Brünnich et guillemots marmettes avec des dispositifs de localisation qui enregistrent leur position pendant l’hiver. Après avoir récupéré autant de ces appareils que possible, ils ont analysé les données pour comprendre les allées et venues des oiseaux.

Les enregistreurs contenaient quelques surprises. Ils ont montré que les guillemots se reproduisant dans la baie d’Hudson ne quittent pas la région avant la fin de novembre ou le début de décembre, et non en septembre comme on l’avait pensé. La plupart des guillemots de la baie d’Hudson et de l’île Prince Leopold hivernent au sud du détroit de Davis et au nord de la mer du Labrador. Les individus d’une colonie de l’île de Baffin ont voyagé jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador, voire au sud du Groenland pour y passer l’hiver.

B. Montevecchi affirme que les oiseaux sont extrêmement vulnérables aux changements écologiques ou aux événements tels que les marées noires à leurs lieux d’hivernage très dispersés, et ce, étant donné qu’ils doivent traverser d’immenses distances pour s’alimenter en hiver.

« Chaque jour, ils doivent déterminer où se trouvent leurs aliments et disposent d’un délai de trois jours pour y parvenir, explique-t-il. Autrement, ils meurent. »

Heureusement, les guillemots sont des « génie du sens spatial », ajoute-t-il. Ils peuvent parcourir des milliers de kilomètres et retrouver leurs lieux de ponte et d’alimentation habituels.


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La science à la rencontre des connaissances locales pour mieux comprendre l'omble chevalier

L’omble chevalier étant une espèce importante pour le bien-être des collectivités et des écosystèmes nordiques, il est impératif de comprendre son cycle de vie et les répercussions que les changements de son environnement peuvent avoir sur lui. L’omble est un poisson circumpolaire qui s’adapte à la plupart des écosystèmes aquatiques. Il peut varier fortement et constitue un indicateur clé de la santé de son écosystème, ce qui en fait un sujet idéal pour les études sur le changement climatique.

À l’occasion de l’API, les chercheurs ont mené une vaste étude en deux volets : recherche scientifique et observation placée sous la responsabilité de la collectivité. Des scientifiques constitués en réseau ont étudié l’omble dans tout l’Arctique canadien, en examinant diverses caractéristiques du poisson, dont la taille, la conformation, la croissance, la reproduction, le régime, les habitudes migratoires et d’autres paramètres de sa biodiversité. Ils ont également étudié les températures, les polluants et d’autres facteurs liés à l’environnement du poisson pour acquérir une image plus complète de l’omble chevalier dans son contexte biologique.

Ils ont établi des programmes d’observation communautaire à Kuujjuaaq, à Nain et à Sachs Harbour, pour évaluer la biodiversité des ombles. La participation de la population à l’observation joue un rôle important dans la santé à long terme de l’espèce. Des programmes de sensibilisation ont été élaborés dans plusieurs collectivités du Nord à l’intention des jeunes, des pêcheurs et des co-gestionnaires de la ressource.

Des spécimens de poissons ont été recueillis dans 27 lacs intérieurs de l’île Ellesmere, dans la baie Resolute, l’inlet Bathurst et au Labrador. Les scientifiques ont cherché à se renseigner sur les effectifs de l’omble, les réseaux trophiques, le transfert de mercure dans la chaîne alimentaire et l’écologie thermique. Ils ont eu une surprise au lac Hazen et dans d’autres lacs du parc national du Canada Quttinirpaaq : ils ont trouvé trois formes d’omble chevalier (grande, petite et benthique – c’est-à-dire vivant au fond) dans les lacs au lieu des deux formes attendues (grandes et petites).

Ils ont observé des différences dans les concentrations en mercure pouvant avoir une incidence sur les habitudes de pêche des communautés nordiques. Par exemple, les ombles de mer et les ombles résidents présentaient des concentrations similaires, alors que les truites de mer des lacs arctiques côtiers avaient des concentrations inférieures à celles des truites résidentes. Par ailleurs, le taux de mercure était inférieur dans les truites de lac résidentes dans les lacs où étaient également présents des ombles chevaliers de mer.

Ce genre d’information peut aider les pêcheurs de subsistance des collectivités côtières du Nord à réduire leur ingestion de mercure par le poisson, en privilégiant l’omble à la truite de lac ou en pêchant la truite en mer. Les renseignements sur les différences entre les populations d’ombles pèsent également dans les décisions de pêche liées à la gestion durable. La forte diversité de l’omble peut compliquer les décisions, mais elle contribue également à rendre le poisson plus résistant au changement environnemental.


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Les temps changent pour les mammifères marins

La vie des mammifères marins change plus vite que quiconque ne l'aurait imaginé. C'est la conclusion tirée à la suite d'un projet de l'API piloté par le Canada et baptisé Réchauffement planétaire et mammifères marins de l'Arctique.

Sous la houlette de Steven Ferguson de l’Institut des eaux douces du ministère des Pêches et des Océans du Canada, l'équipe scientifique du projet a collaboré avec les aînés et les chasseurs Inuit de la région de la baie d’Hudson et avec d'autres réseaux de recherche. Son objectif était de comprendre comment les phoques, les baleines et les ours polaires s’adapteront — ou pas — aux effets du changement climatique.

L'un des premiers éléments d'information appris des gens du Nord, et qui a fort surpris les scientifiques, est qu’il y a de plus en plus d’épaulards. Les résidants d'Igloolik et de Hall Beach ont déclaré observer de plus en plus d'orques se regrouper à la limite de dislocation dans le bassin Foxe, au printemps. Certains chassent les baleines boréales dans le secteur, zone de vêlage et de nourricerie de cette espèce.

Par le passé, la glace de mer limitait l'accès à l'Arctique de ces prédateurs marins. En effet, ils sont peu adaptés à la glace. Ils peuvent y blesser leur grande nageoire dorsale et ne disposent généralement pas de l'expérience requise pour éviter de se retrouver prisonniers sous la glace, sans trou d'accès pour respirer. Or, la glace de mer leur fait de moins en moins obstacle. Il y a seulement quelques années, les scientifiques prédisaient un Arctique libre de glace en été dans moins d'un siècle. Mais le changement s’avère encore plus rapide, et M. Ferguson ramène désormais à moins de cinq ans l'échéance d'un été sans glace.

Si la disparition des glaces est une invitation irrésistible pour l’épaulard, elle complique la vie des prédateurs, tels que les ours polaires, qui ont besoin de cette glace pour chasser, ainsi que celle des Inuit. L'écosystème marin de la baie d'Hudson est peut-être en train de basculer, selon M. Ferguson, d'un système ours polaire-phoques surplombé des chasseurs inuits, à un système dominé par les baleines, avec les épaulards au sommet de la chaîne — ce qui aurait des conséquences graves pour le mode de vie et le régime traditionnel des Inuits.

Depuis des millénaires, la baleine boréale joue un rôle primordial dans la culture inuit. Ses effectifs ont connu un déclin brutal pendant l'ère de la chasse à la baleine, de 1860 à 1915, mais depuis quelques décennies, sa population se reconstitue. Elle n'a pas encore totalement récupéré, ni réoccupé tout son territoire originel, mais elle est de nouveau assez nombreuse pour permettre la chasse inuit. Aujourd'hui, les changements de l'écosystème marin qui lui fournit sa subsistance, de même que l'apparition de nouveaux prédateurs tels que les épaulards, font planer une menace nouvelle sur la baleine boréale. 

Les épaulards ne sont pas les seuls animaux marins à profiter des conditions changeantes en Arctique de l'Est. Les observateurs Inuit signalent également la présence croissante de rorquals à bosse et de petits rorquals, de requins du Groenland, de capelans et de phoques du Groenland. Ce genre d'information fournie par les habitants est d'une valeur inestimable pour mieux saisir la mutation de l'environnement, affirme M. Ferguson. Il faudrait 10 ans aux scientifiques pour recueillir les mêmes données avec une méthodologie scientifique classique.

Le projet de l'API aura également eu pour résultat concret de donner naissance à un programme d'observation placé sous la responsabilité de la population locale. Toujours d'après M. Ferguson, l'idée est de poursuivre le précieux partage d'information entre habitants du Nord et scientifiques, tout en fournissant des occasions d'emploi et de formation aux membres de la collectivité. Étant donné la rapidité du changement, les observations locales sont cruciales pour en suivre et en comprendre les effets.

Le saviez-vous ?

L’Institut culturel Avataq, qui a mené des recherches archéologiques communautaires pendant l’API, tire son nom du mot inuktitut qui désigne un flotteur servant à la chasse traditionnelle, fait d’une seule peau de phoque.


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Écosystèmes terrestres et d'eau douce

Prolifération d'arbustes sur la toundra en réchauffement

Pendant  l’Année polaire internationale (API), des scientifiques, des élèves, des aînés et des chercheurs communautaires — en tout, plus de 600 personnes — se sont dispersés sur tout l’Arctique canadien pour évaluer l’état actuel de la toundra arctique et alpine. Ils faisaient partie d’un projet intitulé Incidences du changement climatique sur les écosystèmes de la toundra de l’Arctique canadien (CiCAT), le plus grand projet d’écologie terrestre du Canada.

Les chercheurs du CiCAT ont étudié le sol, la végétation, la migration du carbone et la modélisation de l’écosystème. Les participants au projet ont élaboré des programmes sous la responsabilité des collectivités visant à inventorier les petites plantes de la toundra et les baies dont s’alimentent les humains et la faune, telles que l’airelle vigne d’Ida (kimminaq), la camarine noire (paurngaq), le bleuet (kigutangirnaq) et la ronce petit-mûrier (aqpik). D’autres chercheurs ont étudié de petites parcelles de toundra réchauffées expérimentalement pendant des années.

Au Nunavik, à Kangirsualujjuaq (George River), sur la côte est de la baie d’Ungava, deux chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont examiné de près les arbustes à la limite inférieure de la toundra pour déterminer si le changement climatique les affectait, et si oui, de quelle façon.

Benoît Tremblay et Esther Lévesque ont cherché des changements dans la répartition des arbustes de plus d’un mètre et demi de haut. En Alaska, les scientifiques ont documenté une prolifération de tels arbustes sur la toundra au cours des 50 dernières années, et les images satellite ont révélé une augmentation régulière de la végétation aux latitudes septentrionales au cours des 20 dernières années. M. Tremblay et Mme Lévesque souhaitaient vérifier si, au Nunavik, le verdissement visible par satellite correspondait au sol à l’extension du territoire des arbustes, comme cela semble être le cas en Alaska.

Les chercheurs ont comparé les photos aériennes prises près de Kangirsualujjuaq en 1964 avec des clichés de la même zone de 17 kilomètres carrés pris en 2003. Ils ont également examiné un ensemble de photos prises au sol en 2008 aux mêmes endroits que des photos plus anciennes pour voir comment la couverture végétale avait évolué près de la collectivité.

Au total, M. Tremblay et Mme Lévesque ont analysé 6 300 hectares de terrain. Ils ont constaté un agrandissement de la couverture d’arbustes de 23 pour 100, soit 147 hectares, sur la période de 40 ans séparant les jeux de photographies. La plupart des arbustes sont des boulots glanduleux, mais on compte aussi beaucoup de gaules de mélèzes, surtout à plus basse altitude, dont certaines sont en train de devenir des arbres.

« Par rapport aux photos prises en 1964, les photos aériennes de 2003 montrent l’abondance de nouveaux arbres et de nouvelles gaules à la lisière et à proximité de la forêt ainsi que dans ses clairières intérieures, écrivent‑ils. Les nouveaux arbres et gaules observés sur les photos de 2003 sont pour la plupart des mélèzes. »

Stimulés par les températures en hausse, les arbustes prolifèrent dans tous les secteurs de l’étude, sauf sur les affleurements rocheux et les champs de rochers, d’après les chercheurs. Sur la période de 40 ans entre les deux jeux de photos, 43 hectares antérieurement couverts d’un mélange d’arbustes et de toundra sont maintenant colonisés par un massif ininterrompu d’arbustes.  

Cette évolution est également observée sur les pentes. M. Tremblay et Mme Lévesque ont trouvé beaucoup de semis et de gaules de mélèze à la lisière orientale, au-dessus de la couverture forestière existante, ce qui laisse supposer que la limite de la zone arborée migre vers le haut de la pente.

D’après les deux chercheurs, le changement observé constitue une réaction majeure des écosystèmes arctiques terrestres au réchauffement climatique. Il pourrait avoir des effets profonds sur la quantité de neige emprisonnée au sol en hiver et les proportions de soleil absorbée par le sol et réfléchie dans l’atmosphère.

Le saviez-vous ?

Dans le centre et dans l’est de l’Amérique du Nord, la limite méridionale du pergélisol continu coîncide grosso modo à la limite de la zone arborée. En revanche, le sous-sol de vastes zones forestières dans le nord-ouest du Canada est constitué de pergélisol continu.


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Interaction possible du caribou et du climat

L’une des conséquences les plus souvent annoncées du changement climatique est le déplacement vers le nord de la limite des arbres. Mais aura-t-il effectivement lieu? Est-il déjà observable? Le projet PPS Arctic Canada de l’API s’attaque à ces deux questions. Le PPS, ou Present processes, Past changes, Spatio-temporal variability in the Arctic delimitation zone (variabilité spatiotemporelle de la limite des zones arborées dans l’Arctique), porte essentiellement sur les facteurs qui influent sur la transition de la forêt à la toundra.

À ce stade, la réponse à ces questions semble être multiple. L’évolution de la limite des arbres est un phénomène complexe qui ne dépend pas exclusivement du climat.

« Notre principale constatation demeure l’importance de la variabilité, » affirme Karen Harper, directrice du projet pour PPS Arctic Canada. La croissance des arbres, les essences qui repoussent après les perturbations et l’équilibre des essences par région varient à l’échelle du Canada, voire à l’intérieur d’une même région. À certains endroits, le point à partir duquel la forêt cède la place à la toundra se déplace. Ailleurs, il n’y a aucun signe de changement, malgré la hausse des températures.

Au Nunavik, les chercheurs Geneviève Dufour-Tremblay et Stéphane Boudreau de PPS Arctic Canada ont examiné la possibilité que la combinaison de la hausse des températures et de l’activité du caribou puisse accroître la population d’épinette noire à la lisière de la toundra. Leur secteur d’études se trouve à l’intérieur du domaine estival du troupeau de caribous de la rivière aux Feuilles, l’un des plus grands au Canada avec ses 600 000 têtes dénombrées en 2001.

Le caribou broute le lichen et piétine le sol couvert de lichen, ce qui expose la couche minérale et améliore ainsi les conditions de croissance des semis d’épinette, expliquent G. Tremblay et S. Boudreau. Ce facteur en soi, toutefois, ne suffit pas à faire pousser plus d’arbres. Il faut également la présence de semences viables — des graines en mesure de germer et de donner naissance à des semis —, laquelle dépend de la chaleur. Dans les climats froids, une forte proportion des graines d’épinette ne sont pas viables. Cependant, dans la région de la baie James, où l’étude s’est déroulée, le climat se réchauffe.

G. Tremblay et S. Boudreau ont recueilli des cônes produits en 2006-2007 pour les comparer aux données de 1989 à 1995. Ils ont constaté un taux de viabilité des graines nettement supérieur dans la période 2006-2007. Le nombre de graines germées par cône avait augmenté dans un facteur de 1000.

Les graines qui sont tombées sur un sol piétiné, peu ombragé et où la couche minérale est exposée, sont celles qui ont le mieux réussi. Environ les trois quarts ont donné lieu à des semis. À l’inverse, peu de changements ont été observés dans le taux de réussite des graines atterries sur le lichen. La raison de cet écart n’est pas totalement claire, affirment les chercheurs. La relation entre le lichen et les graines d’épinette noire demeure quelque peu mystérieuse.

Il semble toutefois acquis que le changement climatique à lui seul n’est pas suffisant pour déclencher un déplacement de la limite des arbres dans la zone d’étude. Toutefois, il pourrait le provoquer en s’additionnant à d’autres phénomènes de l’écosystème. Les résultats de l’étude laissent supposer que le réchauffement du climat, de concert avec l’activité du caribou, est susceptible de favoriser la prolifération de l’épinette noire en direction de la toundra.

« Cette variation de la limite de la zone arborée peut poser un défi de taille pour ce qui est de définir les stratégies générales d’adaptation aux changements climatiques dans les environnements arctiques. »

En général, les recherches du projet PPS Arctic Canada laissent supposer que la gestion des forêts dans un climat changeant pourrait se révéler plus difficile que prévu, d’après K. Harper.


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Manger mieux grâce aux graisses

Il n’est pas toujours facile de choisir des aliments bons pour la santé — surtout dans le Nord. Un projet de l’API avait pour objectif d’en apprendre plus sur les aliments à la disposition des Inuits dans l’Arctique de l’Est canadien et sur la façon dont les gens choisissent ce qu’ils mangent.

Les aliments en question sont les graisses et le projet avait pour nom Urqsuk : la nature évolutive des aliments riches en graisses animales de l’Arctique et le régime alimentaire des Inuit. Les graisses sont importantes pour deux raisons. D’abord pour la santé : le type de graisse qu’on trouve dans les poissons et les mammifères marins aident à protéger le corps contre des problèmes cardiaques et circulatoires. Ensuite, pour l’environnement : de nombreux Inuits disent avoir observé des changements dans les graisses de nombreux animaux locaux servant à l’alimentation, en parallèle avec les mutations du milieu naturel.

Dans le cadre du projet, les chercheurs ont examiné les facteurs qui influent sur les choix alimentaires de deux collectivités inuites : Nain, au Nunatsiavut, et  Clyde River, au Nunavut. Les résultats de Clyde River sont toujours en analyse, mais ceux de Nain sont déjà disponibles. Dans ce village, les chercheurs ont constaté que 20 pour 100 des personnes interrogées s’inquiètent de la teneur en matières grasses de leur régime, principalement par crainte de prise de poids, de diabète ou de maladie cardiaque. À l’inverse, 45 pour 100 n’ont aucune inquiétude à cet égard.

En ce qui concerne les aliments naturels, 83 pour 100 conviennent que la graisse des animaux sauvages est meilleure pour la santé que les matières grasses des aliments achetés en magasin. Toutefois, il est difficile et cher de se procurer de la viande sauvage. Il est beaucoup plus facile de s’acheter à manger dans une épicerie.

On a également interrogé les gens sur ce qu’ils auraient remarqué au sujet de la graisse des animaux chassés pour leur chair. Beaucoup ont signalé des changements de texture, d’épaisseur et de quantité, surtout chez le caribou. De telles observations peuvent constituer un moyen efficace, pour les collectivités, de surveiller le changement environnemental à l’échelle locale.

Les participants au projet Urqsuk travaillent à d’autres moyens d’apporter les résultats de l’étude aux membres de la collectivité, aux décideurs en matière de santé et aux fournisseurs de soins de santé. Les rapports et les rencontres avec la population locale font partie du plan. On travaille même à un documentaire institué Urqsuk, The Changing Nature of Arctic Fats and the Inuit Diet — à ne pas manquer!


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Les gens et les collectivités

Voyage dans le passé du Nunavik

Pendant deux étés, en 2007 est en 2008, des équipes archéologiques ont envahi quelques petites îles près d’Inukjuaq, au Nunavik, à l’extrémité est de la baie d’Hudson. Elles participaient à un projet de l’Année polaire internationale intitulé Dynamisme des sociétés inuites dans l’histoire de l’Arctique. Son objectif était ambitieux : comprendre les effets du changement climatique et des structures sociales sur la culture des Inuit au cours des 800 dernières années.

Le projet du Nunavik s’inscrit dans une série de six projets menés dans différentes régions de l’Arctique canadien. Il s’est déroulé sous la direction de Daniel Gendron de l’Institut culturel Avataq, l’organisme culturel Inuit du Nunavik, et a suscité une forte adhésion des collectivités.

« L’Avataq est un organisme Inuit, explique M. Gendron. Par le passé, l’équipe venait à 85 pour 100 d’Inukjuaq. Je pense qu’il est juste d’affirmer que la participation des collectivités aux projets archéologiques est excellente et supérieure à ce qu’on observe à plusieurs autres sites dans le nord et au Canada en général. »

Le projet a notamment attiré la participation des élèves locaux. En 2007, neuf élèves Inuit ont suivi un apprentissage de quatre semaines sur les méthodes de fouille, dont l’arpentage, le dessin technique, le quadrillage et l’extraction des artefacts. En 2008, 14 élèves de l’école secondaire ont étudié l’évolution des habitations dans la région et interrogé les aînés pour intégrer le savoir traditionnel à l’étude.

Une bonne part du travail a eu lieu à un site archéologique sur l’île Drayton. Selon M. Gendron, les paléo-esquimaux ont occupé le site il y a environ 2500 ans. Ensuite, environ 2000 ans plus tard, les Inuits ont réoccupé le site et construit des qarmait, maisons partiellement souterraines auxquelles on accède par un tunnel. L’équipe archéologique a découvert les restes de certaines maisons les plus récentes, notamment du bois qui avait servi à bâtir les toits.

« Je crois que le résultat le plus significatif de ce projet est l’usage du bois à si grande échelle, affirme M. Gendron. La quantité de bois observée dans la maison mise au jour correspond plutôt à ce qu’on attendrait d’une habitation située dans une région où le bois est facilement disponible. »

Toutefois, l’île Drayton se situe dans une zone sans arbres. La limite de la zone arborée n’est pas très loin  — de 80 à 100 km à l’intérieur des terres — mais il est plus probable que les occupants ont utilisé du bois flotté, selon M. Gendron.

« Nous savions que le bois flotté avait servi à divers usages pendant toute la période d’occupation humaine du Nunavik, mais le degré d’utilisation observée à Drayton est inattendu. »

Deux étés de travail intensif sur le terrain ont produit une grande quantité de données à analyser et à interpréter. Les participants au projet, dont M. Gendron et l’Institut culturel Avataq, auront des résultats à communiquer pendant plusieurs années.

Toutefois, le directeur du projet Dynamisme des sociétés inuites dans l’histoire de l’Arctique, Max Friesen de l’Université de Toronto, affirme que l’exercice a déjà démontré sa valeur.

« Au sens large, il est clair que le concept de l’Année polaire internationale est une réussite en cela que le travail sur le terrain et l’interaction subséquente entre chercheurs ont eu lieu à une échelle plus large et sur une étendue géographique plus vaste que ce qui aurait autrement été possible, explique-t-il. Tout aussi importante est la participation directe et la collaboration d’un vaste éventail d’organismes culturels et communautaires inuits, ainsi que de représentants du gouvernement du Nunavut et du gouvernement fédéral. »

Le saviez-vous ?

Le prochain grand événement de l’API   sera la conférence internationale intitulée De la connaissance à l’action, qui aura lieu à Montréal du 22 au 27 avril 2012. Elle réunira des chercheurs polaires, des décideurs, des analystes, des membres des collectivités locales, des représentants de l’industrie, des organisations non gouvernementales et d’autres groupes intéressés pour discuter des prochaines étapes.


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Les chercheurs étudient l'efficacité de la vaccination

Les maladies infectieuses constituent souvent une menace beaucoup plus grave pour les jeunes enfants que pour les enfants plus vieux et les adultes. Il est possible de prévenir bon nombre d’entre elles à l’aide de la vaccination. En 2002 et en 2003, de nouveaux vaccins ont été ajoutés au calendrier de vaccination des jeunes enfants du Nunavik.

L’un d’eux devait les protéger contre les bactéries pneumococciques, qui peuvent causer une variété d’infections, notamment de l’encéphale (méningite), du sang (bactérémie), des poumons (pneumonie) et de l’oreille. L’autre était un nouveau vaccin antigrippal, qui devait les protéger contre la grippe et ses complications pendant la saison de haute activité grippale, d’octobre à mars.

Les nouveaux vaccins devraient normalement réduire le nombre de maladies chez les enfants au Nunavik — plus particulièrement, l’incidence des infections des voies respiratoires et de l’oreille. Pour déterminer l’efficacité du programme de vaccination, un groupe de chercheurs en santé a mis sur pied un projet de l’API pour faire le suivi de la santé des enfants qui ont reçu des vaccins.

Ils ont analysé les dossiers d’environ 3 000 enfants nés au Nunavik entre 1994 et 2005. Ils les ont répartis en trois groupes : ceux qui n’ont reçu aucune dose des deux nouveaux vaccins, ceux qui en ont reçu quelques doses (couverture partielle) et ceux qui ont reçu toutes les doses (couverture complète) des deux vaccins.

En 2011, les plus jeunes enfants de l’étude ont atteint l’âge de six ans. Tous les sujets étant maintenant sortis de la tranche d’âge la plus vulnérable, les chercheurs prévoient rendre visite à toutes les collectivités concernées par l’étude pour procéder à un examen confidentiel des dossiers médicaux. Ils chercheront des renseignements tels que le nombre de traitements subis pour des infections des voies respiratoires ou de l’oreille, et d’hospitalisations pour cause de pneumonie ou autres maladies infectieuses graves. Étant donné que les infections répétées de l’oreille peuvent provoquer une perte des facultés auditives, ils examineront également les résultats des tests de l’ouïe à l’école maternelle.

L’étude devrait fournir une vision fiable de l’efficacité des vaccins et pourrait aider d’autres ressorts territoriaux du Nord à planifier leurs calendriers de vaccination.


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